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#1 29-05-2010 15:12:57

Kirigol
Nouveau membre
Date d'inscription: 29-05-2010
Messages: 1

Les migrants, la petite maison dans la prairie...

Bonjour tous,
J'ai passé 18ans à la campagne, 18ans à Paris...
Je pense pouvoir dire : Blanc bonnet et bonnet blanc !

Le pour et le contre est discutable, à chacun de ces environnements il y a avantages et inconvénients.
Pour moi c'est clair, je retourne à la campagne... Originaire d'une région où "il n'y a ni bon temps ni bonnes gens", le Morvan, je sais pourquoi j'y retourne ! Quoiqu'on m'en dises.
Je prépare mon projet doucement, mais j'ai l'avantage de savoir où je mets le pieds, enfin j'espère.

Les rustres campagnards sont en peu de points différents des dandys citadins tout comme pour ces derniers rien ne diffère entre le lascar de cité et l'aristocrate du XVIème.
Du point de vue des ruraux, las des vicissitudes de leur microcosme, la foule grouillante, les enseignes lumineuses perpétuelles offriraient le luxe du divertissement. Une semaine tout au plus. Il ne faudra pas confondre tourisme et immigration. Il en est de même pour le citadin qui voit, le temps d'une randonnée avec sa tenue parfaite du vieux campeur, le monde au pays des schtroumphs.
Le français reste ce qu'il est; peut-être même simplement l'humain; mais le français est plutôt particulier, faux philosophe et parfaitement omniscient, il agace facilement l'étranger, et inversement. La remise en cause ne le dévore que rarement.

Ainsi, l'erreur trop souvent faite par le citadin épris de biodiversité, est d'arriver comme une fleur, dans un paysage battu par pluies et vents. Depuis le soleil printanier, offrants des ombres contrastées sur un paysages valloné, le voilà bientôt, glacé jusqu'au os, harassé par les rudesses de novembre. L'idyllique petite maison environnée de papillons, se retrouve entourée de boue glaiseuse, l'eau s'infiltrant le long des murs.
Qu'à cela ne tienne. Puisque partir sur un coup de tête est rarement productif. Ne partez pas pour fuir, partez pour partir ! L'herbe ne sera pas plus verte dans le pré d'à côté. Mais aussi, sans fuir, des concours de circonstances plus ou moins heureux, peuvent créer des conditions propices au changement de vie.
Si vous avez muri votre choix, en ayant plus ou moins conscience de ce que vous laissez, prenez soin de jauger où vous mettez les pieds.

Votre petit restaurant du sud-ouest préféré vous cuisine des magrets super. Vous adorez le gers. Vos copines vous ont offert le petit tablier rose bonbon pour que vous puissiez allez élever des canards dans le Sud... Moins d'un an...
De même si vous penser apporter une nouveauté, ou quelque chose de novateur dans une région. Personne ne s'adaptera à vous. Vous devrez concilier envies personnelles et besoins réels et nécessaires des gens du coin. Et cela si abruti soit le français.

Mais tout cela vous le savez déjà. Le plus dur c'est mettre en face son "utopie" et la réalité du terrain. Et pour ça, il faut aller sur le terrain. Ensuite le comprendre, et accepter d'en "prendre plein la gueule", puis ruminer son projet. Ben oui les ruraux sont de frustes rustres bornés au premiers abords.
Certains le resteront toujours, d'autres en revanche ne le sont que pour la forme, parce que le petit fonctionnaire qui vient pour leur expliquer comment ils devraient gérer leur environnement, n'a pas plus de chance ici qu'à N'Djamena, autant qu'il ne se fasse pas d'illusions, enfin juste ce qu'il faut, mais pas trop quand même. Quasiment aucune chance d'imposer son idée ou sont travail de but en blanc. Il faudra prendre son mal en patience. Ils se sont passés de vous depuis des années. Alors oui l'école à fermée, oui il n'y a plus de loisir à part le bistrot (et encore) et la fête des "Treuff". Alors arriver la gueule enfarinée pour redynamiser un village qui meurt... Good Luck... Tu vas redynamiser quoi ? Y'a plus que toi dans le village avec une famille de débiles consanguins smile

L'épicerie dépôt de pain a déjà été reprise 5 fois en 10 ans. Tant qu'il y aura des grandes surfaces, à part une mini coopérative, et encore, c'est un idée du parisien... Comme l'autre qu'a monté son centre de loisirs, comment veux tu que Denise qui n'en peux plus des thés dansants elle monte sur un poney ou fasse de l'accrobranche. Et encore elle a le certificat d'étude, pas comme sont petit fils, qui a le bac mais qui sait pas lire, alors une librairie... Barbara Cartland ? Aucun intérêt.
Des bougies bio, au jus de jasmin ? Je remarque qu'en général le citadin se carapate dans la cambrousse avec toujours un peu ces mêmes idées qui planent à 15000, pensant danser les pieds nus en jouant du triangle à la fête de l'accordéon.

Si vous voulez avoir une idée de la façon dont vous serez reçu, penser au touriste moyen qui ne parle que l'anglais arrivant dans un bon vieux rade à Paris. Peut pas parler français comme tout le monde ?

Et pourtant, à bien les écouter, ils demandent un peu tous la même chose finalement. De la culture et des "loisirs" intelligents. Resteront bien entendu ceux qui ne voient que le champs de patates ou le loto. Mais vous réussirez à faire autre chose tant que vous n'arrivez pas en terrain conquis, en souhaitant insufler votre mode de vie. Je vous le répète, personne ne s'adaptera à vous, personne ne se créera un besoin parce que vous l'aurez voulu. Au contraire... Vous resterez pendant 40ans, le parisien qui est venu s'installer du temps de la mémère Machin. N'empêche que vous pourrez quand même être assimilé et même en étant noir (là c'est plus long quand même).

Je n'aurai pas ce problème, puisque je suis originaire de là bas, mais il faudra que je les réaccoutume à ma présence, et j'aurais cette étiquette également de p'tit gars d'la ville qu'à point de sang. J'éviterai tout au plus la méfiance première et la mise au banc primaire. Peut être que pour le boulot en tout cas je passerai un peu devant vous...

Après avoir un peu noirci le tableau, quoique peut être pas tant que ça, il reste que des régions sont en demande de peuplement. Et qu'il ne faut pas oublier cela même si l'on vous disait après vous avoir "illusionnner" que vous l'avez bien cherché. Tout le monde n'est pas aussi étriqué dans ces campagnes reculées et oubliées car difficilement gérable depuis un monde centralisé à la capitale. Ils seront peu nombreux mais que cherchiez vous avant de partir ? Cinés, restos ?

En résumé, ne partez pas sur un coup de tête, ne pensez pas convertir les ruraux à vos idées, allez y vivre pour vous.

Je rappelerai également que le voyage dans l'autre sens n'est pas plus aisé avec la perfidie ambiante.
Mais il est tellement simple de planer sur la comète et de rejeter ensuite la faute sur les autres...


Bon voyage, bon courage et bonne chance !
Et pour le boulot ne rêvez pas trop

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#2 26-06-2010 13:12:32

Edica
Nouveau membre
Date d'inscription: 26-06-2010
Messages: 1

Re: Les migrants, la petite maison dans la prairie...

Jolie synthèse.

Je suis née et ai grandi à Lyon et en même temps j'ai passé toutes mes vacances, toute ma jeunesse (20 ans) en pleine pampa en Charente Maritime.
Aujourd'hui, je veux vivre à la campagne. Je suis faite pour "ce qui m'a nourrie" pendant 20ans.
A 41ans, après 5 ans de reflexion sur le sujet, cette fois "l'appel" est entendu et bien mûre. Et nous y allons (pas sûr que ce soit en Charente Maritime par contre) pour y vivre tout simplement (à la campagne quoi!), car....
Tout ce que tu dis est très juste.
C'est exactement ce que j'ai toujours pensé et...vécu aussi...Bon j'etais la petite fille du Père Madé (mais celui-ci n'etait pas de chez eux, c'est sa femme, ma grand-mère, qui etait une fille de la terre d'ici, nomé!) alors on m'a toujours bien accueillie et j'etais un peu comme chez moi dans ce village mais....Ce n'etait, et ce n'est pas le cas pour les autres "de la ville".

Garder à l'esprit que l'on souhaite vivre comme "là-bas", changer ses habitudes citadines et pseudo confortables, consommer chez les producteurs du coin, faire travailler un peu tout le monde, rendre service, passer pour la marginale du village éventuellement mais qui ne fait ch**r personne. voilà ce qui est clair dans ma petite tête.

Bref, j'ai apprécié ce texte je le trouve infiniment "terre à terre".

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#3 05-08-2010 15:46:16

frankieduberry
Membre
Lieu: atelier de poterie
Date d'inscription: 05-08-2010
Messages: 12
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Re: Les migrants, la petite maison dans la prairie...

Oui, vous avez bien raison toutes les deux. Moi, je suis revenue dans ma région natale après toute une vie ou presque à l'étranger et j'ai eu envie, en revenant, de faire bouger les choses, d'entreprendre, etc, pensant qu'étant originaire du coin on allait m'accueillir avec mes drôles d'idées.

En fait, je crois que les gens du crû qui n'ont jamais bougé n'ont pas du tout envie de "s'ouvrir" à d'autres styles de vie. Je ne sais pas exactement ce que c'est. Mais je vis avec la sensation permanente d'un antagoniste virulent.

f r a n k i e

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